| Cryptosporidiose et Coccidiose |
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| Écrit par Céline POUGET |
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Les diarrhées néo-natales sont une préoccupation majeure des éleveurs. Cryptosporidiose et coccidiose sont deux maladies parasitaires causes de diarrhée sur les jeunes veaux, agneaux ou chevreaux. Les deux parasites ont beaucoup de points communs et leur prévention hygiénique doit être abordée de la même manière. Les principaux germes responsables de diarrhées néo-natales sont les colibacilles, la cryptosporidiose, les virus (Rotavirus et Coronavirus) et la salmonellose. Ceux-ci entraînent des diarrhées sur les jeunes ruminants principalement âgés de 0 à 3 semaines. Après 3 semaines d'âge, d'autres agents responsables de diarrhée sont fréquemment isolés. Même si l'âge de l'animal est un facteur d'orientation pour établir un diagnostic, se fier à l'âge n'est jamais suffisant. De même, il est difficile de faire la distinction entre les différents germes au simple aspect de la diarrhée. La prudence est de mise. Des analyses complémentaires sont toujours nécessaires afin de mieux appréhender le ou les pathogènes en cause.
Agents pathogènes et âge de contamination les plus fréquents
1. La cryptosporidiose est une des causes les plus fréquentes de diarrhée néo-natale. Lors d'épisode diarrhéique sur un jeune, Cryptosporidium parvum, le parasite responsable de la cryptosporidiose, est isolé, au laboratoire, dans environ 20 % des diarrhées des veaux laitiers et dans 30 à 50 % des diarrhées des veaux allaitants. Les agneaux et les chevreaux sont aussi très touchés avec parfois un aspect très contagieux (souvent plus de 30 % des jeunes touchés). La cryptosporidiose est donc une cause prépondérante de diarrhée néo-natale.
Le plus fréquemment, les jeunes infectés de cryptosporidiose présentent une diarrhée entre 5 et 15 jours d'âge. La consistance de la diarrhée est variable, plus ou moins liquide avec une tendance mucoïde. Les animaux atteints déclinent et nécessitent une réhydratation. La diarrhée ne rétrocède pas aux traitements classiques. Les antibiotiques sont inefficaces. Certains restent des non-valeurs économiques, d'autres vont récupérer partiellement. Certains animaux vont mourir. La contamination des jeunes se fait par ingestion d'ookystes (œufs de Cryptosporidium) soit par léchage des animaux contaminés soit par léchage du sol contaminé. Ces ookystes sont directement infectants c'est-à-dire qu'une fois émis dans l'environnement ils peuvent, s'ils sont ingérés, contaminer immédiatement un autre animal. Les ookystes sont très résistants; ils survivent 3 mois à 15-20°C et plus d'un an à 4-6°C. Les différentes études menées montrent aussi que les adultes peuvent jouer un petit rôle dans la contamination en excrétant des ookystes dans leurs fèces sans montrer aucun signe clinique. D'une façon générale, l'environnement contaminé et/ou les adultes excréteurs peuvent initier la contamination des jeunes.
Couramment, les épisodes de cryptosporidiose surviennent dans les élevages à mises-bas groupées. Les cheptels ovins et caprins sont ainsi très durement touchés. Les élevages bovins allaitants à vêlages d'hiver, concentrés sur une courte période, sont fréquemment touchés de janvier à mars. Le plus souvent, l'épisode diarrhéique survient au cours de la deuxième moitié de la saison de mises-bas. Les premiers nés sont rarement malades mais jouent le rôle de relais multiplicateurs, excrètent massivement des ookystes pendant une courte période et contaminent les locaux. Par la suite, la majorité des nouveau-nés vont être malades car ils vont ingérer de grande quantité d'ookystes disséminés sur le sol, sur les autres jeunes ou sur la mamelle souillée de leur mère. Si les mises-bas sont réparties tout au long de l'année, la concentration d'animaux et la pression d'infection sont moindres limitant le nombre d'animaux malades.
Epidémiologie de la cryptosporidiose en élevage à mises-bas groupées
2. La coccidiose, dès l'âge de 3 semaines La coccidiose est la principale cause de diarrhée parasitaire sur les jeunes âgés de plus de 3 semaines. Elle est causée par des parasites appelés Eimeria. Le plus souvent, la coccidiose reste subclinique, c'est-à-dire que l'animal atteint ne présente pas de signes cliniques et notamment pas de diarrhée. Cependant, la coccidiose subclinique peut interférer avec les performances zootechniques. La coccidiose clinique est sporadique et se manifeste par une diarrhée de gravité croissante : séreuse et vert sombre au début, elle devient noirâtre, plus ou moins associée avec des caillots sanguins, des coliques et des douleurs à la défécation. Si la diarrhée dégénère, en phase terminale, on observe déshydratation et forte baisse de l'état général. Retenir que les ookystes sont très résistants Comme pour la cryptosporidiose, le parasite infectant est très résistant dans l'environnement. L'animal se contamine en ingérant les ookystes présents dans l'environnement (sols, barrières, murs). A la différence des ookystes de Cryptosporidium, les ookystes de coccidiose ne sont pas directement infectants et nécessitent environ 3 semaines pour entraîner l'apparition clinique de la maladie. Les veaux laitiers, très exposés aux ookystes expriment précocement la maladie et le plus fréquemment entre 1 et 2 mois d'âge. En élevage allaitant avec vêlages en hiver, les pics de maladie se situent en fin d'hiver-début du printemps (fin de stabulation) et lors du sevrage (fin d'été-automne). Les agneaux et chevreaux de plus de 3 semaines sont aussi touchés. Comme pour la cryptosporidiose, les premiers nés multiplient le parasite entraînant un accroissement de la pression parasitaire responsable de la contamination des animaux nés plus tardivement. Ces animaux ingèrent une quantité massive d'ookystes conduisant à l'apparition d'un foyer de coccidiose avec déclaration de coccidiose clinique. Les conditions de logement défectueuses (claustration, accumulation de litière, vétusté) et le temps allongé d'occupation des locaux sont des facteurs aggravants de la maladie.
3. Les mesures de contrôle Le contrôle de la cryptosporidiose et de la coccidiose passe par des mesures hygiéniques, mesures trop souvent négligées. La transmission des parasites étant assurée par l'ingestion d'ookystes, il convient de détruire autant que possible les parasites dans l'environnement et de réduire les possibilités de contact parasite/animal.
Les ookystes étant très résistants dans l'environnement, le premier objectif de lutte passera par une désinfection appropriée. L'élimination des pathogènes sera longue et nécessitera des désinfections répétées dans le temps. La plupart des désinfectants classiques aux concentrations usuelles sont inefficaces. L'ammoniac contenu dans l'Oocide® est le seul désinfectant montrant une efficacité réelle. Ce produit doit être appliqué avec précaution en appliquant les recommandations du fabricant et notamment les règles de protection et de sécurité. Autre procédure applicable, le nettoyage des locaux par enlèvement et curage des litières, suivi d'un nettoyage à haute pression et désinfection à chaud (80-90°C) puis d'un vide sanitaire. Cette procédure de base devrait être réalisée entre chaque bande d'animaux afin de préserver un environnement le moins contaminé possible. Il convient d'ajouter le nettoyage et la désinfection du matériel d'élevage (vêtements, bottes, gants, ustensiles divers). Sachant qu'il est bien sûr impossible d'obtenir un environnement totalement sain, le second objectif est de retarder le plus possible l'exposition des animaux. Pour la cryptosporidiose, cet objectif peut être atteint par un élevage en box individuel pour les veaux et/ou en parc très propre notamment pour les chevreaux ou les agneaux au moins pendant les 2 à 3 premières semaines de vie. Il convient aussi lors d'une épidémie de cryptosporidiose de ne pas placer les animaux naissants dans les mêmes lieux que les animaux malades. De manière générale, les facteurs d'élevage et notamment la concentration animale et tous les facteurs de stress doivent être contrôlés au maximum.
Pour la cryptosporidiose, il n'existe pas de traitement curatif lors d'épisode diarrhéique dans un élevage. Les seules mesures applicables sont préventives. En cas d'épidémie, il convient de protéger les futurs animaux naissants. Un seul médicament efficace est commercialisé en France, l'Halocur® qui doit être administré par voie orale dès la naissance pendant 7 jours. Ce médicament permet une réduction des diarrhées graves et une réduction de l'excrétion des ookystes sans toutefois les empêcher totalement. Pour la coccidiose, la gestion médicale est plus facile. Différents médicaments existent pour traiter les animaux en diarrhée. Ces traitements doivent être réalisés le plus précocement possible pour limiter les lésions intestinales et améliorer le pronostic. Lorsqu'un animal est malade, il est important de traiter tout le lot car les sujets non diarrhéiques excrètent souvent des quantités importantes d'ookystes, responsables de l'accroissement de la pression ookystale dans le milieu. En prévention, un aliment médicamenteux à base de décoquinate peut être distribué sur 4 semaines voire plus si la pression ookystale est forte. Autre mesure possible, la métaphylaxie qui consiste à instaurer un traitement à base de diclazuril (Vecoxan®) ou de toltrazuril (Baycox Bovis®) une ou deux semaines (selon le produit) avant la survenue habituelle de la coccidiose.
Outre l'aspect médical, la gestion des diarrhées du jeune notamment cryptosporidiose et coccidiose passe par des mesures hygiéniques efficaces. La désinfection des locaux est une mesure préventive importante. Eleveurs de veaux, agneaux et chevreaux, pensez-y aux périodes de vide sanitaire.
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